l'info d'aujourd'hui par les journalistes de demain

Abonnez-vous aux flux RSS de haut courant

Mise à jour : 23 octobre 2017

Témoignage

Quand le pays des libertés bafoue celles de l’individu…

dimanche 13/02/2011 - mis à jour le mercredi 16/10/2013

Crédit photo : D.R.

La Californie, ses plages, son Sunset, Hollywood... il y a de quoi faire rêver. Stagiaire française aux États-Unis, Caroline imaginait tout de cette vie idéale, sauf de passer par la case prison.

Au départ une histoire banale. Un verre au dessus de la limitation américaine (0,08 grammes par litre de sang) et les sanctions qui s’en suivent aux États-Unis, déjà relativement fortes : arrestation, mise en garde à vue éventuelle de 8h, libération possible sous caution de 2 500 dollars. Mais les quelques heures en cellule se sont transformées en jours… et en une expérience liberticide honteuse. La raison ? Caroline n’est pas résidente californienne. Elle est française et possède un visa de stage. Pour être sûr qu’elle paye l’amende, la prison est la seule solution jusqu’au jugement, cinq jours plus tard.

« L’immigration a fait barrière et m’a gardé jusqu’à la date du procès, le lundi » explique la jeune étudiante. « Il n’y avait pas de liberté sous caution possible. Ils avaient peur que je retourne en France pour éviter le procès et les sanctions qui vont avec. » À cela, s’est ajoutée une erreur administrative : « À ma sortie de prison, j’ai appris que les policiers avaient oublié mon passeport dans la voiture avec mon visa, bien sûr. Sans document sous les yeux, ils ont fait des recherches quant à la date de validité de mon titre de séjour et se sont trompés de mois. Résultat : ils indiquent un visa périmé à partir du 31 décembre au lieu du 31 janvier. » Les ennuis continuent donc pour cette stagiaire de 22 ans soudain considérée comme immigrée illégale sur le territoire américain. Aux yeux des forces de l’ordre, elle était une criminelle comme une autre.

La vie privée devient publique au moindre dérapage

En Californie, pas de différence entre un trafiquant de drogue et un individu arrêté pour excès de vitesse. Tout le monde est fiché. Le commissariat rend publique ses détenus du jour grâce à l’onglet “Who is in jail” [1] de son site web. Nom, prénom, adresse, poids, âge... Tout y est. Ou comment la vie privée devient publique au moindre dérapage.
JPEG
Dans la pratique, la situation est la même : « En fait, tu es réduite à néant, tu n’es plus une personne normale, même les policiers plutôt sympas ne te parlent jamais normalement. Tu es une détenue comme les autres que tu sois meurtrière ou innocente » raconte Caroline.

Les conditions de détention sont pour le moins sévères : « J’étais en cellule avec une fille sous médicaments. Elle criait toutes les nuits. À 4h du matin, on nous réveillait pour le petit déjeuner, en dehors du “bloc” il fallait garder les mains dans le pantalon, quand on s’arrêtait, regarder le mur. Nous n’avions pas de sweat, juste un t-shirt, pas d’oreiller pour dormir sur des lits en béton. Pour les toilettes, c’était dans la cellule et la douche sur le palier. »

"Je me sentais sale, j’avais froid, j’avais peur"

Trois jours passent et la procédure n’avance pas. Les policiers ne veulent rien savoir de son visa, ils attendent le procès voilà tout. « Je n’avais aucune information, j’ai pu passer deux coups de téléphone. Je ne découvrais que petit à petit ce qui se passait » s’offusque-t-elle. Entre temps, Caroline est transférée dans une autre prison, beaucoup plus “luxueuse” : dortoir de 20 personnes, douche chaude. Le “camping” comme s’amuse à la qualifier une de ses codétenues, une mexicaine incarcérée pour recel.

Le jour du procès arrive. Sans savoir ce qui l’attend, Caroline est amenée dans une cellule de son ancienne prison. L’entretien avec son avocate puis avec le juge durera en tout 30 minutes. « On m’a réveillé lundi à 4h du matin pour être transférée à la prison vers 7h, on est reparties à 16h30. Le reste du temps, j’étais dans une cellule de 5m² avec des accros à l’héroïne, se souvient l’étudiante. Je me sentais sale, j’avais froid, j’avais peur. »

Entre argent et privation de liberté

À la fin de la journée, la jeune femme est ramenée dans le dortoir de la seconde prison. Elle ne sait toujours rien du résultat du jugement, des sanctions possibles, de son expulsion ou non du territoire. La nuit a été agitée : à l’angoisse de la journée passée s’ajoute un transfert au service de l’immigration dans le centre de San Diego à 1h du matin et une nuit passée avec dix clandestines mexicaines. À 8h le mardi matin, elle sera libérée sans aucune explication : « Ils ont appelé mon nom et m’ont dit de sortir. J’étais libre. »

Caroline aura finalement une amende de 1 287$ à verser pour avoir dépassé la limitation d’alcool autorisée au volant. Rien pour l’immigration. Et si le chèque à remplir est dur à signer pour l’étudiante qu’elle est, ce n’est rien à côté de la privation de liberté qu’elle a vécu durant une semaine. « Je suis scandalisée. On se sent impuissant dans un système comme celui-ci. Les mesures sont disproportionnées et on parle du pays des libertés ! », s’exclame Caroline.

Une disproportion qui ne fait pas office d’exception : listing public des “délinquants sexuels”, interdiction de boire de l’alcool avant 21 ans ou, plus insolite, passage à la frontière interdit en possession de… kinder surprise. Des restrictions nombreuses dans un pays qui parallèlement autorise le port d’une arme.

Le prénom de Caroline a été modifié afin de préserver son anonymat.

Localiser cet article :

Notes

[1Qui est en prison

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur del.icio.us Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

1 réaction

Réagissez

  • repondre message

    Pas du tout étonnée par cet article. Il y a la vie aux USA qui est, lorsqu’on met un doigt dans ce type d’engrenage, telle que décrite, et cette atmosphère de "rêve américain" diffusé par les médias, presse, cinéma, séries télé, etc. qui n’est le quotidien que pour quelques-uns. Mon fils est allé récemment faire un tour vers San Francisco et LA ... première réaction : "au milieu d’un urbanisme démentiel, sur les trottoirs, on ne fait que croiser des claudos sans un rond et alcoolisés (ou autres drogues)".

Monde //

Rejoignez Haut Courant sur Facebook