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Mise à jour : 9 mars 2017

Ingrid Betancourt : le dangereux tapage médiatique

samedi 01/03/2008 - mis à jour le dimanche 02/03/2008

Depuis six ans, Ingrid Betancourt est détenue par les FARC dans la jungle colombienne. A priori, elle est une otage comme les autres, comme des milliers d’autres. Ses vieilles amitiés avec Dominique de Villepin ne lui sont d’aucun secours. Bien au contraire, il en a même fait l’otage la plus chère du monde !

Dominique de Villepin et Ingrid Betancourt se connaissent depuis plus de vingt-cinq ans. Alors qu’elle entreprend des études à Sciences Po Paris, elle se lie d’amitié avec son professeur. En février 2002, l’enlèvement de l’ex-sénatrice colombienne devient, en France, autant une affaire d’État que personnelle pour le futur Premier ministre. La presse hexagonale met en avant sa double nationalité Franco-Colombienne. Son premier mari est Français et Mélanie et Lorenzo sont nés de cette union mais Ingrid Betancourt a vite été emportée par les démons de la politique. Elle se croit alors un destin présidentiel en Colombie.

La sur-médiatisation de la séquestration, due en partie à Dominique de Villepin, nuit au processus de libération. D’autant qu’il est entaché d’une rocambolesque expédition d’agents qui ne sont pas restés secrets très longtemps… Surtout que ces coups de projecteurs répétés rejettent dans l‘ombre des milliers d’otages. Ils survivent, tant bien que mal dans la forêt vierge colombienne sans que personne n’en parle. L’une d’elles est même décédée dans l’anonymat. En France, personne ne connaît Aïda Duvaltier. Pourtant, cette Française a pris la place, dans les geôles de la guérilla, de son mari malade. Elle est morte en captivité dans l’indifférence la plus totale.

Coup de projecteur
sur les FARC

Aujourd’hui, la France estime qu’Alvaro Uribe, président Colombien, ne lève pas le petit doigt pour Ingrid Betancourt. Beaucoup pensent même qu’il veut écarter une opposante gênante. Argument non recevable car la candidate ne représentait que 0,3% des intensions de vote en 2002. Toutes les négociations entreprises par Bogota sont repoussées par les FARC devenues radicalement révolutionnaires. Ces groupes de terroristes usent de la prise d’otages et du trafic de drogue. Le moins que l’on puisse dire est que le Président Alvaro Uribe n’a pas la tâche facile d’autant qu’il subit une forte pression internationale.

Hugo Chavez et Nicolas Sarkozy donnent le tempo au cirque médiatique ; le premier se voit en libérateur de l’Amérique du Sud, en reprenant l’héritage de Simon Bolivar et Fidel Castro : le second surfe sur le tapage médiatique.

Parallèlement, à Bogota, certains responsables de la sécurité élèvent la voix pour alerter qu’une telle publicité faite autour d’Ingrid Betancourt ne peut que nuire à sa libération prochaine. Chaque action, chaque article, chaque manifestation, photo ou reportage contribuent en effet à faire grimper en flèche le montant de la rançon qui sera demandée un jour ou l’autre pour libérer l’otage. Les acteurs directs ou indirects de ce tapage médiatique en ont-ils une claire conscience ? La famille elle-même qui s’expose, ne pense-t-elle pas que son action pourrait être contre productive ? En effet, qui peut avoir la faiblesse de penser que les FARC céderaient à une telle pression ?

Et les journalistes dans cette affaire ? Quelle doit-être leur attitude ? Suivre l’information et la relater même au détriment d’Ingrid Betancourt ou se poser en conscience la question de savoir si leur attitude, outre le fait de mettre à la une les FARC, ne va pas à l’encontre des objectifs affichés ?

Éternelle question que soulève l’affaire Betancourt sans cependant apporter des éléments de réponse.

A ce propos, on peut lire Jacques Thomet : AFP, 1957-2007, les soldats de l’information (Hugo doc, 2007) et du même auteur Ingrid Betancourt : histoire de cœur ou raison d’État ? (Hugo doc, 2006)

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2 réactions

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    D’abord, merci pour votre site qui apporte un peu de fraicheur à la flopée d’informations médiatiques que nous recevons quotidiennement.

    Pouru ma part je suis entièrement d’accord avec vous
    - sur le statut des FARC qui est une organisation terroriste odieuse se servant au détriment de la population
    - sur l’action sur médiatique autour d’ingrid betancourt. Certes son statut de prisonnière malade touche profondément et fait peine a voir, ms il ne faut pas isoler son cas des milliers d’autres otages détenus par les FARC. J’en viens presque à me dire que c’est totalement injuste autant de moyen déployé pour elle seule en rapport avec le peu des moyens des autres famille de détenu.
    - de plus cette façon qu’ont les présidents Chavez et Sarkozy de traiter directement avec les FARC en faisant fi du président Uribe (soutenu par tous les colombiens) montre un certain mépris de la souveraineté colombienne et de son peuple principale otage de cette organisation voyou et terroriste.

  • Ingrid Betancourt : le dangereux tapage médiatique

    1er mars 2008 20:25, par Nico Mu

    repondre message

    Je suis completement d’accord avec l’auteur de cet article sur le fait que le tapage mediatique dessert la cause des sequestrés de façon évidente.

    J’ai eu la chance de vivre en Colombie durant 7 mois au cours de l’année 2007 et j’y suis à nouveau depuis janvier 2008. Il apparait, ici, que les FARCS soient quasiment reduits à néant, tant sur un plan politique que militaire. Sa seule arme contre le gouvernement consiste desormais a monnayer ses otages. La mediatisation extreme du "cas" Ingrid Betancourt permet aux FARCS de beneficier d’un eclairage international que les forces armees revolutionnaires de Colombie ne sont pas pret à laisser echapper.

    On peut parfois se demander si le salut d’Ingrid ne viendrait tout simplement de l’oubli. D’autre part je tiens à faire remarquer que, si les FARCS n’ont plus qu’un poids negligeable ici, les paramilitaires, eux, continuent d’animer les rubriques des faits divers dans les journaux locaux, d’organiser des massaces et de provoquer le deplacement de centaines de milliers de citoyens colombiens.

    Ils representent le probleme le plus important de la Colombie du fait de leur implication exacerbee dans le traffic de drogue et de leur ingerence dans les politiques locales materialise par le clientelisme politique.

    Il conviendrait de rappeler à l’opinion quel es FARCS ne sont qu’une goutte d’eau dans l’ocean des problemes colombiens.

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