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Mise à jour : 21 février 2018

Agriculture bio : les viticulteurs s’inquiètent des désengagements de l’Etat

mercredi 24/01/2018 - mis à jour le mercredi 24/01/2018

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a confirmé le maintien des « aides à la conversion » en agriculture bio. Mais il a aussi annoncé que les « aides au maintien » seraient, elles, transférées aux régions. Peu rassurant pour les vignerons.

En décembre Haut courant s’était déjà interressé à la disparition programmée des aides au maintien dans l’agriculture bio. Ces subventions qui permettent de compenser les pertes de rendements par rapport à l’agriculture conventionnelle, et engager plus de main d’oeuvre nécessaire à l’entretien des surfaces biologiques, sont dans le collimateur de l’État. Aujourd’hui, le plus grand flou règne quant à leur avenir. Dans un communiqué de presse (PDF), l’association Sudvinbio s’inquiète pour les vignerons bio du Languedoc-Roussillon.

Les aides au maintien dans la viticulture bio, ça représente quoi concrètement ?

Aujourd’hui, les aides au maintien représentent au total, la très modeste somme de 10 millions d’euros par an. Dans la viticulture, elles s’élèvent à seulement 150€ par hectare et par an (PDF).

Un signal négatif envoyé aux producteurs bio

Maladies et conditions climatiques (gel, grêle,…) ont déjà compliqué les choses cette année pour les viticulteurs qui ont enregistré des pertes de rendements.
La disparition des aides au maintien, engendrerait pour les producteurs une nette baisse de leur rémunération, risquant d’en rebuter certains. L’accumulation des difficultés, pourrait décourager les hésitants, explique Michael Hausdorff, un vigneron en bio depuis 2010 dans le Gard. Il affirme cependant que ce ne sera pas suffisant pour le dissuader.

Ce qui ne l’empêche pas de constater que quelques producteurs se sont déjà désengagés de l’agriculture biologique et sont « revenus en conventionnel, en raison des maladies de la vigne et complications dues au climat ». Il estime le recul de l’Etat comme facteur de découragement chez les jeunes sur le point de s’engager. C’est un « signal négatif envoyé aux producteurs bio, qui pourrait avoir un impact important » en freinant la conversion en forte hausse ces dernières années, s’indigne ce vigneron du Gard.

Le financement des aides au maintien par les régions s’avère difficile

Depuis 2015 et la nouvelle politique agricole commune (PAC), les aides sont co-gérées par l’État et les régions. Le nouveau ministre de l’Agriculture a fait de la conversion sa priorité. Il souhaite donc que les régions « continuent de financer des aides au maintien sur de nouveaux contrats, mais sans mobiliser les crédits du ministère ». Stéphane Travert affirme par ailleurs que c’est maintenant « au marché de soutenir le maintien de l’agriculture biologique car la demande est là ». Le ministère s’est quand même voulu rassurant et a affirmé que « les aides au maintien attribuées jusqu’en 2017 seront bien évidemment financées jusqu’à leur terme » et que les crédits d’impôts devant prendre fin en 2017, seraient également prolongés pour les producteurs en bio.

Mais « sur les régions qui ont déjà des budgets ric-rac, cela va être compliqué » explique M. Haudsorff. « Dans la région Occitanie il y a une volonté » précise-t-il. La région, placée en première position dans le nombre d’exploitations et de conversions en bio, possède un hectare sur quatre en agriculture biologique. « Mais est-ce qu’il y aura le budget pour pallier au désengagement de l’État ? J’en doute » désespère-t-il. Certaines régions comme la Normandie ont déjà annoncé qu’elles ne se substitueraient pas au désengagement de l’État, préférant privilégier les aides à la conversion en agriculture biologique.

Le refus, pour les producteurs, d’une compensation par le marché et les consommateurs

Faire payer le consommateur pour palier à cet arrêt de financement par l’Etat ? Une possibilité que les producteurs écartent.
Pour Virginie Berthuit, responsable parcellaire de la cave de l’Ormarine, si le prix est trop élevé « les gens n’achèteront pas, cela ne marchera pas ». Pour Michael Haudsorff, les consommateurs s’engagent déjà en achetant du vin bio, alors « [les] faire payer, ce n’est pas une solution » s’exclame-t-il. Avant d’ajouter que, « soit il y a une volonté politique d’aider l’agriculture biologique, soit il n’y en pas ».

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