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Mise à jour : 23 octobre 2017

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À la rescousse des cépages disparus

lundi 30/01/2017 - mis à jour le mercredi 01/02/2017

Patricia Boyer-Domergue travaille au sauvetage des cépages oubliés du Languedoc. Installée depuis 1990 dans son domaine du Clos Centeilles, dans la commune de Siran dans l’Hérault, la vigneronne s’est fixée pour objectif de retrouver et réutiliser les cépages ancestraux pour lutter contre l’uniformisation des vignobles. Elle explique ce « métier de passion ».

Entre la littérature et la vigne, il n’y a parfois qu’un pas. Formée à l’institut œnologique de Bordeaux, la vigneronne Patricia Boyer-Domergue rencontre le gout des cépages anciens et oubliés au travers des livres. « Mon travail a pour origine la littérature. L’abbé Rozier est un auteur qui m’a beaucoup influencée, ses œuvres scientifiques sont à la base de mon travail.  »

Désireuse de créer son propre domaine, elle reprend en 1990 le Clos Centeilles. Ancien territoire viticole alors laissé pour mort avec ses vignes centenaires exposées plein sud, elle y voit un terreau idéal pour sa production et sa grande idée : réintroduire des plants anciens voire quasi disparus. Elle se tourne alors vers le Centre de ressources biologiques de la vigne de Vassal-Montpellier (CRB-Vigne) spécialisé dans la conservation et la valorisation des ressources génétiques de la vigne. Ce Centre crée en 1876 lui permet de retrouver des variétés de vignes perdues comme le riveireinc blanc, le piquepoul noir ou bien encore le riveireinc verdal, qu’elle est la dernière au monde à posséder.

Des cépages fragiles

Patricia Boyer-Domergue a débuté du côté de Saint-Chinian, fameux et très ancien vin de l’Hérault. A travers la littérature notamment, elle se passionne pour ces cépages oubliés et décide de les faire redécouvrir. Autre objectif pour elle : préserver la culture et l’histoire des vignes qui parsemaient jadis le terroir languedocien. « Si ces vignes ont disparu, c’est parce qu’elles sont fragiles. On les a fait disparaître des vignobles car elles demandaient beaucoup de travail et ont aussi subi les ravages du phylloxera ». En effet, entre la fin du XIXe et le début du XXe la maladie, un puceron originaire des États-Unis, a ravagé les productions françaises. Trop fragile, trop sensible, le territoire du Languedoc a alors massivement délaissé les cépages historiques au profit de vignes résistantes.

« Quand j’ai récupéré mes premiers plants, le CRB-Vigne ne m’a pas dit qu’ils étaient malades. J’ai donc du m‘adapter dès le début pour réussir à les faire survivre. » Les plants s’intègrent aux carignans et cinsault déjà présents sur ses terres mais il lui faudra plus de trois ans pour maîtriser et porter à maturité ces premiers cépages anciens.

Les techniques d’antan à jamais perdues

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Quelques crus des différentes cuvées du Clos Centeilles

Parallèlement à la réintroduction, Patricia Boyer-Domergue souhaitait aussi retrouver les techniques d’entretien d’antan. Sans jamais y parvenir vraiment. Du coup, elle cultive aujourd’hui ses vignes à sa manière, de façon traditionnelle. « Je fais appelle à des saisonniers en période forte, sinon je travaille seule. Les vendanges sont exclusivement faites de façon manuelle. Pour ce qui est de l’entretien, j’utilise du souffre et des produits homéopathiques. Je cherche avant tout à garder les techniques manuelles. »

Plus tardives que les principaux cépages du Languedoc, les vignes du Clos Centeilles présentent des qualités gustatives particulières. « La récolte tardive offre un profil particulier à nos vins. Des arômes de fruits rouges, plus particulièrement de fraise dans nos rouges, et une minéralité dans nos blancs qui ne se retrouvent pas ailleurs. » Atypique, la production du Clos Centeilles oscille à la fois entre une production maîtrisée et respectueuse du produit, et un véritable travail de recherche historique. Et si certains cépages n’ont jamais réussi à s’implanter aux parcelles du domaine, à l’image de l’Œillade, le travail continue à porter ses fruits.

Avec aujourd’hui 23 cépages différents présents sur son domaine, Patricia Boyer-Domergue l’assure, « il me faudrait encore 30 ans de plus pour pouvoir réussir à maîtriser l’ensemble de mes cépages. Ils ne se laissent pas dompter facilement, mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt du métier. » La relève est en marche, sa fille, Cécile Domergue, est sur le pont pour reprendre le travail de sa mère. Passage de relais d’une génération à l’autre, mais aussi pérennisation de ces cépages d’un autre temps.

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