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Mise à jour : 9 mars 2017

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À Beaucaire, la primaire de droite boit le bouillon

mardi 15/11/2016 - mis à jour le mercredi 25/01/2017

Sous la grisaille automnale, Beaucaire délaisse la primaire de la droite et du centre. Passée au Front national en 2014 avec l’élection du maire Julien Sanchez, cette commune de 16 000 habitants est depuis l’un des symboles de la montée de l’extrême droite en France. À quelques jours des primaires, une tournée dans les bars de la ville offre un panorama de l’intérêt porté au sujet par les électeurs FN.

Surplombé par son château millénaire, le centre ville de Beaucaire (Gard) offre le visage de ses rues désertes, un peu tristes en cet après-midi d’octobre. Des commerces sans grand charme, beaucoup de rideaux tirés, et une impression globale de chape de plomb. Pour trouver un semblant d’animation, il faut se rendre vers les bords du canal du Rhône ou sur la place Georges Clemenceau, siège de l’hôtel de ville [dirigé par le jeune maire FN Julien Sanchez, 33 ans cette année. Haut Courant a décidé d’aller à Beaucaire avec une question en tête : les électeurs frontistes auraient-ils la tentation, l’envie d’aller troubler ou du moins de participer à la primaire de la droite et du centre ? Après tout, l’offre politique proposée par les Républicains avec « la droite décomplexée » de Jean-François Copé, le propos ultra conservateur du chrétien Jean-Frédéric Poisson ou encore le virage très droitier adressé à « la France silencieuse » de Nicolas Sarkozy aurait de quoi séduire (ou pas !) un électorat local majoritairement d’extrême droite.

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Le château de Beaucaire

Le château de Beaucaire, fièrement dressé au dessus de la ville.

À la Brasserie des Arts, sur la place de la République, les trois hommes au comptoir assurent d’emblée qu’ils n’ont pas l’intention d’aller voter. Parmi eux Francis, artisan retraité, ne se sent représenté par aucun des candidats Les Républicains qu’il juge usés, pas crédibles, voire corrompus. «  Pour moi il n’y a pas d’intérêt à aller voter, Juppé a des casseroles qui lui courent après, quant à Sarkozy il est grillé... » Chez Francis, le rejet et la défiance de la politique est total. L’omniprésence médiatique des responsables politiques l’insupporte : « Voir toujours les même têtes ridés, c’est trop. On les connaît tous et on a tous déjà vu ce qu’ils ont fait quand ils sont au pouvoir. » Issu d’une famille communiste, il dit apprécier le maire FN de sa ville (il a voté pour lui au second tour) et aimerait même « essayer le Front national à la prochaine élection présidentielle, pour lui laisser une chance et voir de quoi il est capable  ». Ses compères de pastis et rosé acquiescent, mais tiennent à l’anonymat de leur propos.

Un ras-le-bol des grands partis

Au Bar des Halles, dans la rue de l’Hôtel de ville, cette primaire passionne toujours aussi peu. Ici, quatre hommes d’une cinquantaine d’années, tous commerçants ou entrepreneurs ayant connu des difficultés ou une faillite, expliquent qu’ils ne sont plus intéressés par ces candidats de la droite républicaine. Assis dans la cour intérieure, ils sirotent un verre de pastis et tirent sur une droite qui « n’est plus ce qu’elle était ». À les entendre, « elle était proche des travailleurs, des artisans et du français moyen qui se lève tôt pour travailler. Maintenant elle ne s’occupe plus que d’histoires de gros sous et a le nez dans la finance.  » Plus généralement, la politique les désespère. Parmi ces quatre hommes, un seul se rend encore régulièrement aux urnes. Les autres ne votent plus. Et aucun n’a l’intention de participer au scrutin primaire de la droite.

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Bar des Halles

Le Bar des Halles, rue de l’Hôtel de ville.

Au bar des 2G, sur le boulevard Foch, la critique continue. Assis au comptoir, Sébastian et Jacques ne manquent pas d’adjectifs pour exprimer leur dégout. Un pastis offert par le patron à la main, Jacques affirme qu’il a « perdu confiance » en la politique. «  J’ai voté pour Hollande en 2012, aujourd’hui je voudrais le voir pendu. Je préfère voter extrême gauche ou droite plutôt que pour les socialistes. Eux on sait déjà ce qu’ils valent, autant essayer les nouveaux. » De son coté, Sébastian indique avoir une préférence pour Bruno Le Maire, qu’il « verrait bien comme gagnant de la primaire. » Mais, malgré cet avis qui tranche avec le reste des propos entendus, il ne se déplacera pas non plus à l’élection à venir, trop «  saoulé par tous ces politiques ».

Pour nombre de Beaucarois rencontrés au fil des cafés, le FN n’est plus un parti extrême. Désinhibée depuis les dernières élections municipales, leur parole s’est libérée et avec elle leur volonté de changement radical. Francis le dit sans détour, pour lui « le Front national n’est plus le parti radical de Jean-Marie Le Pen. Avec Marine les choses ont changé, c’est maintenant un parti de jeunes, ouvert aux homosexuels, aux noirs, aux arabes.  » Au-delà des murailles de Beaucaire, le FN et ses électeurs rêvent d’un succès en 2017, bien loin des bureaux de vote de la primaire à droite.

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