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Mise à jour : 9 mars 2017

Reportage

1989 : nouvelle donne pour la presse allemande

lundi 16/11/2009 - mis à jour le mardi 29/12/2009

Crédit photo : Julie Derache

La chute du Mur apporte aux habitants de l’Est une liberté démocratique retrouvée. La presse n’est plus censurée. A l’Ouest, c’est la fin d’un isolement géographique et politique, mais ni économique ni médiatique.

Alors que Berlin est divisée, les quelques journaux de la presse de l’Est sont contrôlés et non-pluralistes. Les autorités ferment ceux qui critiquent la vie en RDA (République démocratique allemande). Pourtant, cela n’empêche pas les Est-berlinois de lire la presse avec intérêt. Des journaux clandestins les informent des réalités, mais meurent avec la chute du Mur. La majorité des journaux officiels ne survivront pas aux nouvelles logiques capitalistes. Certains pourtant résistent, tels que Mozaïc, un magazine pour enfants qui a réussi à gérer le tournant, ou Neues Deutschland, journal de l’ancien Parti communiste, devenu socialiste, qui « épouse les inquiétudes du lectorat », explique Régis Présent Griot, rédacteur en chef de La Gazette de Berlin [1]. Parmi ces lecteurs, « environ 12% d’allemands ostalgiques qui aimeraient revoir le Mur » ajoute-t-il. Seul le Berliner Zeitung, en s’émancipant de toute relation avec son passé à l’Est, est parvenu à se doter d’une stature régionale après la réunification.

A l’Ouest, le Mur a eu des conséquences tout à fait différentes. La ville est encerclée au cœur de la RDA et est donc coupée du reste de la RFA (République fédérale allemande). Un isolement qui rend difficile une émancipation des titres de presse. Les journaux se développent au niveau des Länder, Hambourg surtout (Der Spiegel) mais aussi Munich (Süddeutsche Zeitung). Après 1989, la situation a peu évolué. Le pays s’est habitué à cette organisation. De plus, « il refuse le tout-national qui lui rappelle trop les dérives du IIIè Reich hitlérien », précise M. Présent Griot. Aujourd’hui, aucun quotidien berlinois de l’Ouest ne réussit à s’imposer au niveau national, excepté le Tages Zeitung qui publie des éditions locales à Hambourg ou à Brême. Il en va de même pour les quotidiens de province, trop souvent cloisonnés dans les frontières de leur Länder.

« Je pense pourtant que Berlin sera à terme capitale de la presse. Plusieurs journaux s’y sont déjà installés », nuance t-il. Il y a quelques mois, le grand titre hambourgeois Bild organisait son exil vers la capitale, suscitant de nombreux commentaires. A la différence du paysage médiatique français, quelque peu sclérosé par le poids de la crise économique qui touche ses titres, la relative santé de la presse allemande lui donne davantage de marges de manœuvre pour évoluer : « Si la menace d’Internet existe aussi ici, elle remet beaucoup moins en cause la presse écrite », explique M.Présent Griot. « Moins chers et très soucieux de leur identité papier, les titres se vendent mieux qu’en France. Culturellement, on observe que les médias audiovisuels ont une emprise moins forte sur les Allemands, qui sont très attachés à la lecture ». Les grandes études européennes s’accordent à dire que la presse allemande est particulièrement indépendante face aux pouvoirs : « En France, on n’a pas de groupes industriels qui ne se concentrent que sur les médias », remarque M. Présent Griot. « Ici, même si l’on peut critiquer les grands groupes de presse, ces derniers n’ont pas d’intérêts économiques liés à l’armement ou aux travaux publics », comme c’est le cas avec les français Dassault ou Bouygues. Tout porte à croire que les vingt ans écoulés depuis la chute du Mur n’ont pas suffi à faire de la nouvelle capitale un centre médiatique de premier plan. Mais la tendance est au changement, et ce d’autant plus en cette période de crise économique : « La maintenance en l’état de la presse actuelle coûte très cher. Les grands journaux de province sont obligés de disposer de réseaux de correspondants berlinois toujours plus développés pour couvrir l’actualité dans la capitale. » précise M. Présent Griot. Sur le long-terme, et dans une logique de réduction des coûts, la centralisation de la presse écrite nationale à Berlin semble inéluctable.

Notes

[1Loin de vouloir s’imposer comme un média de premier plan à Berlin, La Gazette garde son caractère original, en publiant une grande partie de son contenu en langue française. Crée au 18è siècle, alors que la francophilie prônée par Frédéric II de Prusse s’impose dans les cercles berlinois, La Gazette a renoué avec son esprit originel : proposer un contenu dynamique et dépasser la frontière culturelle du Rhin.

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3 réactions

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  • 1989 : c’était il y a 20 ans

    16 novembre 2009 12:08, par Bernard Pivot

    repondre message

    Vous en avez pas marre d’écrire sur la chute du mur, ça commence à faire un peu trop là !! Faudrait vous renouveler un peu, l’anniversaire c’était le 9 novembre... ça y est c’est fini, faut passer à autre chose.

    Pourquoi pas préparer le sommet de Copenhague... Vous avez un mois pour faire un bon gros dossier là-dessus et peut être envoyer un reporter la bas !!

    • 1989 : c’était il y a 20 ans 16 novembre 2009 18:44, par Igor GAUQUELIN

      repondre message

      Cher Bernard Pivot,

      D’abord, sachez que j’ai lu tous vos livres. Je suis un fan ! Mais comme je lis en diagonale, il est possible que je n’ai pas tout retenu des leçons. J’espère que vous ne tiendrez pas rigueur des deux-trois fautes que je ferai probablement dans ma réponse.

      Alors ! Je vous l’accorde, Berlin, ce n’est plus trop d’actualité. Et le travail du journalisme, c’est justement d’être "dans le timing"... L’idéal aurait été d’aller là-bas une semaine avant la fête, c’est bien naturel. Laissez-moi quand même vous expliquer pourquoi ça ne s’est pas fait comme ça, et pourquoi on se permet quand même de publier des articles "datés".

      Vous le savez peut-être, l’ancien directeur du Monde, Edwy Plenel, nous donne des cours tous les mois. Quelle chance ! Ce fut le cas dans la semaine précédent Berlin. Vous imaginez bien que quand il se déplace, il prévoit ses dates très à l’avance, impossible de lui dire : "Désolé, on part à Berlin cette semaine !" Ce serait de mauvais goût, en plus de nous pénaliser. Voilà donc qui explique le fait que nos camarades se soient rendus sur place si tard.

      A quoi ça sert de publier les articles quand même ? Sachez le avant tout, aucun étudiant n’a reçu la moindre subvention pour ce voyage, ils ont tous cassé la tirelire. Si un journaliste est mal payé, figurez-vous qu’un étudiant en journalisme ne l’est pas mieux ! Considérez aussi que partir puis dormir à Berlin, disons les 7-8-9-10 novembre 2009, n’a pas été vraiment... "cheap" !

      En réalité, ce site est fait pour apprendre. Oui nous voulons transmettre de l’information, être utiles et lus, mais surtout on veut se former. Quelle opportunité formidable que d’aller fouiner aux quatre coins de Berlin pour se forger ! Même si c’est trop tard, regardez le résultat : après le flot d’articles à chaud, on voit peu à peu ressortir du vrai reportage, avec des témoins, des cadres, des artistes pour discuter de la communauté juive, de la jeunesse, des coûts. C’est du vécu ! Et franchement, admettez-le : ces articles faits de A à Z par des étudiants sans le moindre conseil extérieur ne sont pas si mal non ?

      On a encore tant à apprendre... Aidez nous ! Discutez le contenu, proposez des compléments, des liens, des pistes. Dites ce que vous avez aimé et ce que vous auriez aimé lire sur tel ou tel sujet.

      Je ne sais pas si Copenhague sera traité... C’est un sujet crucial, merci de nous le rappeler ! Mais ces derniers temps, on considère qu’on doit se rapprocher du terrain et arrêter de faire -moi le premier- du "commentaire de commentaires". J’adorerai aller là-bas au Danemark, serrer la main à Lula, lui dire tout ce que je pense de lui et transmettre ses paroles à vous autres. Je suis même prêt à vous remettre un RIB, dans le cas où vous voudriez contribuer aux nombreux frais d’un tel reportage. Chiche ?

      Cordialement,
      Igor GAUQUELIN, l’un des deux rédac’ chef.

      • 1989 : c’était il y a 20 ans 17 novembre 2009 15:06, par Bernard Pivot

        repondre message

        Merci pour cette réponse concrète et concise. Je comprend tout à fait votre position : il est vrai qu’il n’est déjà pas facile d’être journaliste professionnel, alors être étudiant... Vous vous débrouillez tous assez bien ! Tout n’est pas parfait mais vous êtes sur la bonne voie.

        Toutefois je maintien ma réaction : Vous en faites trop sur le mur. Pas plus que la plupart des médias traditionnels mais plutôt, comme vous le dites si justement, un peu trop tard. Votre devise c’est l’information d’aujourd’hui et, force est de constater, que la chute du mur c’était hier.

        En ce qui concerne Copenhague, c’est un sujet qui n’est pas inconciliable avec le travail de terrain. Allez à la rencontre des écologistes de votre région (ça vous permettra de préparer les régionales du même coup), rappelez les objectifs et les attentes, prenez contact avec des personnalités engagées (Hulot, Arthus Bertrand, Bové, greenpeace, ou je ne sait qui...). Copenhague sera comme Rio ou Kyoto, on parlera de cette conférence dans les 20 années à venir, il serait dommage de passer à coté d’un évènement aussi important. Vous avez un mois pour vous préparer. C’est juste mais vous pouvez en faire un beau dossier. Cette fois-ci ne soyez pas en retard comme pour le mur. (Et même si vous ne pouvez pas allez serrer la main de Lula, vous pouvez allez sur place à la rencontre des écologistes et des alter-mondialistes qui se sont donné rendez-vous la bas, et qui sait... peut être un scoop !!)

        Continuez vous faites du bon travail.

        Par contre je suis désolé pour le chèque, mais mon stylo n’a plus d’encre... Une prochaine fois peut-être.

Monde //

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